Gianina, jeune roumaine, travaille comme employée de maison dans une famille bourgeoise bordelaise. Elle répète le soir avec une troupe de théâtre amateur le rôle d’une soubrette dans une adaptation du Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirbeau. Au quotidien, elle s’occupe du fils de ses employeurs, tandis que sa propre fille grandit loin d’elle, en Roumanie. L’absence maternelle se creuse en blessure mais à l’approche de Noël, une promesse de retrouvailles émerge.
Après les adaptations de Jean Renoir, Luis Buñuel et Benoît Jacquot, le cinéaste roumain Radu Jude dialogue avec le chef-d’œuvre d’Octave Mirbeau. Avec une liberté de ton et une énergie provocatrice rappelant le roman de 1900, il imagine une histoire très contemporaine. Ana Dumitrascu crève l’écran en interprétant un personnage plein d’intelligence, aux aspirations simples – accomplir correctement son travail et attendre de retrouver sa fille. Autour d’elle, trois acteurs très connus incarnent des bourgeois dont la gentillesse de façade est corrélative à la violence de leur classe. Le film travaille habilement le montage, la mise en scène est sobre, le hors-champ confère à ce qui est montré et raconté de puissants potentiels. L’expérimentation formelle et narrative des films de Radu Jude (N’attendez pas trop la fin du monde, pour ne citer que lui) est franchement réjouissante.
Festival de Cannes – Quinzaine des cinéastes