Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…
Ce nouveau film d’Emmanuel Marre (venu au festival en 2021 présenter Rien à foutre), construit à partir de la correspondance de son arrière-grand-père, est d’une rare intelligence. Pas de grands événements, de dates, de héros, de bourreaux. Nous restons près d’un individu comme il y en eut beaucoup, interprété par Swann Arlaud, tout en finesse et en sobriété. L’Histoire n’est pas narrée en fonction de son issue, le film « raconte les marches, pas l’escalier » dit le cinéaste. En décrivant le quotidien bureaucratique de son personnage, il nous fait éprouver le fonctionnement d’une dictature et la sensation de la guerre, avec ses lacunes. Tourné en décors réels, en lumière naturelle, avec des non-professionnels et de l’improvisation, il est loin de l’esthétique dominante du film d’époque ronflant. Renvoyant sans cesse à notre contemporanéité, Notre Salut est un bain de jouvence formelle et intellectuelle.
Festival de Cannes – Sélection Officielle, Compétition – Prix du Scénario