En 1939, Maria n’a que 7 ans lorsqu’elle fuit précipitamment son Espagne natale. La chute de Barcelone et la victoire des troupes franquistes contraignent des centaines de milliers de républicains à prendre le chemin de l’exil – c’est la Retirada. Maria traverse la frontière de nuit et se réfugie en France. Loin d’être accueillie, elle est internée dans des camps, avec les siens, considérés comme des « indésirables ». Elle passera cinq années derrière les barbelés, plusieurs fois déplacée, à Argelès, Saint-Cyprien, Rivesaltes, Gurs… Quatre-vingt ans plus tard, depuis l’Ardèche où ils sont établis, son petit-fils Clément entreprend de recueillir une parole qu’elle avait longtemps tue. Maria raconte son enfance dans les camps : le quotidien, la peur, le rejet de sa mère, le sentiment d’abandon. Clément l’emmène sur les lieux où elle avait été privée de sa liberté, réunissant pour ce voyage familial et singulier quatre générations.
Le réalisateur opte pour un dispositif simple permettant de restituer dans sa précision la parole de Maria, touchante et passionnante. Le film respire, lumineux, malgré la dureté des récits. Maria a consacré des années à raconter son histoire dans des classes. C’est ce geste de transmission, mêlant intime et collectif, que poursuit son petit-fils à travers ce film explorant une vie marquée par le rejet mais aussi par l’espoir.